Le globicéphale noir
Le globicéphale noir (Globicephala melas) est un animal qui vit en groupe. Il passe souvent par les côtes féroïennes quand il se déplace à l’intérieur de son habitat : l’Atlantique nord. Durant les quelque 300 ans pour lesquels nous disposons de statistiques, 800 à 1 500 baleines ont été tuées chaque année aux îles Féroé. À titre indicatif, 1 000 individus donnent environ 500 tonnes de viande et de graisse. Il est donc évident que le globicéphale noir a eu une très grande importance pour nourrir la population de notre archipel pendant des siècles.
À part quelques petits rongeurs, il n’y a pas de mammifères terrestres aux îles Féroé. Le lièvre, introduit ici au XIXe siècle, constitue une exception. Le seul mammifère véritablement chassé est donc le phoque, dont la population est abondante le long de nos côtes. La prise de globicéphales noirs ne constitue pas quant à elle une chasse proprement dite. Quand, de temps à autre, un groupe de globicéphales longe le littoral, les animaux sont en effet non pas chassés, mais entraînés vers la côte.
Les îles Féroé ont toujours su exploiter leur accès aux ressources de la mer, ce qui vaut également pour le globicéphale noir. La capture de ce cétacé nécessite une énorme organisation à cause de la topographie locale. Il y a finalement peu d’endroits où l’on peut entraîner un groupe de baleines vers la côte pour les tuer. Depuis 1832, d’ailleurs, une loi prescrit les lieux autorisés, mais il a probablement déjà été édicté des ordonnances à ce sujet auparavant. Le fait que certains villages se voient attribuer une zone de capture ne leur donne aucune priorité. La graisse et la viande sont réparties de manière égale parmi tous les habitants féroïens, des nourrissons aux vieillards, et même aux visiteurs du moment, qui reçoivent leur quote-part. Pour des raison d’organisation, tout le pays est divisé en zones de capture, mais au fil du temps, chaque habitant reçoit assez pour se nourrir. Un système social de répartition unique en son genre a ainsi vu le jour, visant à exploiter de manière raisonnée cette importante ressource.
Tout le monde peut participer à l’événement. Dans le temps, les femmes n’embarquaient guère à bord des bateaux du fait de la superstition locale. Cela a probablement changé depuis. Lors de la répartition des captures, en revanche, aucune différence n’était faite entre hommes et femmes.
Certains étrangers se sont passionnés pour la capture des globicéphales noirs aux îles Féroé. Parmi eux, le préfet danois Christian Pløyen, qui a composé en 1832 la ballade dite ”de la baleine”, ”Grindavísan”. C’est un hommage passionné dans le style du chant populaire, traditionnellement chanté après une bonne prise en attendant l’arrivée du maire qui devait répartir la viande. On était alors dehors et on avait froid et, pour se tenir chaud et se réjouir de la capture, on dansait et on chantait. De nos jours, on ne danse plus cette danse de la baleine.
Le rituel de capture de la baleine a donc occupé une place à part entière dans la vie spirituelle. Des poètes féroïens ont rendu hommage à cette pratique dans leur poésie, notamment dans la littérature patriotique et locale. Citons notamment Hans Andreas Djurhuus, Mikkjal á Ryggi et Jóannes Patursson.
Dans l’art pictural, la capture de la baleine devient presque iconographie à travers l’œuvre de Sámal Joensen Mikines, peintre renommé. La capture du globicéphale noir est l’un de ses motifs préférés, et ce sont justement ces motifs qui l’ont rendu célèbre.
Une vive critique internationale a vu le jour à l’encontre de la capture traditionnelle du globicéphale noir ces dernières années. Cette pratique est qualifiée de maltraitance animale, et on a déclaré que le globicéphale noir était une espèce en voie de disparition. Côté féroïen, on a établi que la capture ne représente qu’environ 0,01 % de la population totale de globicéphales et qu’on ne peut donc guère parler de menace d’extinction de la race. Il convient également de noter que des progrès considérables ont été faits quant aux méthodes de capture, la pratique étant devenue très surveillée et des dispositions très détaillées ayant été arrêtées afin de prévenir les souffrances de l’animal.
Malgré les critiques formulées, les Féroïens ont décidé de maintenir leur tradition, car bon nombre d’entre eux apprécient encore un bon repas de viande et de graisse de baleine. Il semblerait pourtant que la jeune génération ne partage pas les goûts de ses parents, et nous allons probablement assister dans peu de temps à une résolution spontanée de ce conflit opposant une pratique traditionnelle à un mode de pensée moderne...
Eyðun Andreasen
L'information technique
Date d'émission: 25.02.2010Concepteur: Edward Fuglø
Illustrateur: Edward Fuglø
Imprimeur: Southern Colour Print NZ
Processus: Offset
Couleurs: Full colours
Dimensions: 28 x 46mm
Valeurs: 50kr











